Trauma obstétrical : sortir du trauma grâce à l’hypnose

Et comment la patiente peut sortir du trauma grâce à l'hypnose.

« La façon de donner vaut souvent mieux que ce que l'on donne »
Pierre Corneille, Le menteur (1644)

J'ai accompagné des centaines de femmes dans le chemin parfois long et douloureux de leur accouchement. J'ai connu des situations extrêmement simples où, je dois l'avouer, je me suis fait plaisir à être juste là pour cueillir comme une fleur un bébé qui de toutes façons serait venu au monde sans mon aide et j'ai été félicitée presqu'autant que la maman…

J'ai sauvé des vies par mon travail dans des cas où la patiente et/ou son enfant auraient connu de graves complications voire une issue fatale sans l'aide de la médecine moderne… et une fois, on m'a blâmée… J'avais donné le meilleur de moi-même pendant des heures pour la patiente et son enfant mais, sans m'en rendre compte, je ne l'avais pas donné comme il aurait fallu. La patiente en est restée traumatisée et moi aussi. Je sais que sur le plan obstétrical, j'ai fait ce qu'il fallait faire (ce que j'ai donné) mais je ne l'ai pas présenté comme la patiente attendait que je le lui présente (la façon de donner). Elle en a ressenti colère et frustration.

C'est comme ça que peut naitre un trauma obstétrical, par défaut de communication.

État des lieux

Le trauma obstétrical est très à la mode en ce moment ; livres, émissions de télévision, articles de journaux, réseaux sociaux. Tout le monde en parle, même des personnes qui n'ont aucune notion d'obstétrique. Cependant, des femmes en souffrance s'expriment. Chaque fois, les équipes médicales sont fustigées et accusées de mauvais traitements. Ce sont toujours des dossiers à charge contre les médecins, en particulier les gynécologues et contre les sages-femmes.

Les mots utilisés par les femmes qui témoignent de leur expérience sont très forts : on leur a bousillé leur accouchement, foutu tout en l'air, on les a massacrées. Même le mot viol revient souvent, on a trituré voire torturé leur vagin, leur ventre, on les a recousues à vif… Elles sortent de là traumatisée, agressée, blessée, dépecée, terrorisée… Ce sont les mots employés par certaines patientes pour décrire l'expérience de l'événement que l'on nomme habituellement un heureux événement.

En post-natal, elles se décrivent comme victimes, dépressives, désespérées, tristes, anéanties, traumatisées, douloureuses chroniques, anéanties…

Ce qui aurait dû être un des plus beaux moments de leur vie les laisse frustrées, pleines de regrets, d'amertume et de colère… On a agi à leur place, contre leur gré, avec violence et autorité, sans leur demander leur avis ni leur consentement.

L'accouchement traumatique laisse la femme dans une profonde souffrance émotionnelle et parfois physique, dans une grande détresse. Pendant des semaines, des mois, la joie d'avoir donné naissance à leur bébé est perturbée par le souvenir traumatisant de l'accouchement, par la colère, la tristesse, la déception. Les patientes sont submergées par les émotions douloureuses, ce qui cause un surcroit de fatigue et risque de perturber la mise en route de l'allaitement et l'établissement de la relation mère-enfant.

J'exclus de mon propos, aujourd'hui, les catastrophes de salle d'accouchement qui donnent lieu à des complications graves et irréversibles pour le bébé ou la parturiente, qui feraient l'objet d'une autre approche thérapeutique.

L'hypnose comme solution au trauma obstétrical

Je souhaite vous faire partager mon expérience dans le cas de ces jeunes femmes qui ont eu un accouchement « obstétricalement » normal avec ou sans épisiotomie ou même une césarienne sans la moindre complication, avec naissance d'un bébé en parfaite santé et une maman parfaitement rétablie sur le plan physique, mais pour lesquelles l'ambiance, le contexte, l'attitude de l'équipe médicale a laissé un souvenir tellement délétère qu'il a effacé la joie de donner naissance.

Pendant mon expérience en tant que gynécologue, j'ai passé beaucoup de temps à parler avec ces patientes traumatisées. Voici ce que j'ai ressenti de leurs témoignages : c'est comme si on les avait dépossédées des émotions agréables de leur accouchement, comme si on leur avait volé ce vécu plein et entier qu'est la naissance d'un bébé. Comme si on les avait privées de tout ce qu'il aurait pu y avoir de joie, de bonheur et de satisfaction au cours de ce moment. Le trauma a effacé ce bonheur et cette joie.

Je suis partie de l'idée voire de l'espoir que dans ce moment traumatique, des petites bribes de joie, de satisfaction, d'enthousiasme devaient persister quelque part et que sous hypnose, il devait être possible d'aller retrouver ces souvenirs. Il y a forcément dans le cahot et le vacarme émotionnel dans lequel les patientes traumatisées se trouvent, des petits rien bien engrammés quelque part dans leur mémoire ou dans leur corps. Sous hypnose, on va bouger tout ça pour faire revenir à la mémoire consciente ce qu'il y a eu de bonheur dans leur accouchement.

Les femmes se disent volées, dépouillées, l'hypnose va leur permettre de retrouver ce qui leur a été volé. L'hypnose va lever ce voile obscur qui cache et gâche tout…

Grâce à l'hypnose, elles vont revivre leur accouchement, instant après instant, pour faire remonter à leur mémoire consciente le bonheur d'avoir mis leur bébé au monde, comme si tout s'était bien passé, comme si tout s'était passé selon leur projet à elles… Nous allons faire en sorte de retrouver, en s'appuyant entre autres sur le VAKOG, des parcelles de sensations agréables, les amplifier, les remettre dans le présent.

Histoire d'Alexandra, le cas princeps

(son prénom est changé)

Alex est une très belle femme de 36 ans, élégante, active, profession libérale. Elle n'a pas d'antécédent médical particulier. Elle est la maman d'une petite fille de cinq ans née par césarienne.

Elle vient me voir « pour faire de l'hypnose » car elle a des douleurs abdominales pour lesquelles de nombreux examens ont été effectués, sans trouver de cause aux douleurs. Plusieurs tentatives de traitement n'ont pas apporté de solution. Il n'existe pas d'autre symptôme digestif. Je la trouve un peu énervée, agacée, impatiente.

Une seule chirurgie : la césarienne. Naissance à terme d'une petite fille de presque cinq kilos. Suites de couches normales. Allaitement maternel.

Elle me confie ne pas aimer les gynécologues mais « vous, c'est pas pareil, vous faites de l'hypnose »

Première séance

Lors de la première séance, je pars à fond sur un problème digestif fonctionnel (elle est très énervée) et je fais une séance type médecine chinoise pure pour remettre dans le bon sens la circulation de l'énergie, le qi, dans les méridiens. Ensuite, un travail sur le méridien du Foie car j'ai perçu son énervement.

Nous finissons la séance par une transe formelle sur un bon souvenir afin de trouver l'apaisement, quelques exercices respiratoires et des exercices d'auto-hypnose à faire en cas de douleur abdominale. Elle part très enthousiaste ; ce début lui plait.

Deuxième séance : « ça m'a rien fait »…

Elle est très agacée…

MS — Bon Alex, prenez le temps de vous asseoir… voilà… comme ça, vous êtes bien ?

Alex (nerveusement) — Oui, ça va !

Elle se tortille dans le fauteuil pour s'installer et me tend le compte-rendu de l'accouchement que j'avais demandé (au cas où…).

L'indication de la césarienne était « non engagement de la présentation à dilatation complète ». Suit le compte-rendu opératoire. Naissance d'une petite fille de 4475 g. Apgar 10-10-10. Suite de couches RAS. Allaitement maternel. Sortie à J5.

Rien à redire. Un gros bébé ne descend pas toujours facilement dans le bassin maternel.

Alex — Est-ce que mes douleurs pourraient venir de la césarienne ?

MS — Je lui explique pourquoi je pense que oui et non.

Elle ne m'a pas traitée d'hypocrite, elle aurait pu…

Alex — Tant mieux, mais de toutes façons, je n'aurais pas d'autre enfant !

MS — Pourquoi ?

Alex (très énervée) — Pourquoi ? Je n'ai pas envie qu'on me détruise une deuxième fois la naissance de mon bébé !

Sa colère se fond dans ses larmes…

MS — Vous voulez bien m'en parler, si ce n'est pas trop douloureux pour vous ?

S'en suit une longue description de l'accouchement, mêlée de larmes et de rage…

Résumé

  • Alex arrive en pleine nuit à l'hôpital car elle vient de perdre les eaux.
  • Très peu de contractions au début.
  • On lui met une perfusion (je ne savais même pas ce qu'il y avait dedans).
  • Le col de l'utérus reste épais, les douleurs augmentent.
  • La sage-femme suggère une analgésie péridurale (j'en voulais pas).
  • L'anesthésiste tarde à venir (je hurlais de douleur).
  • Travail très long (à cause de la péridurale, je pouvais pas bouger dans le lit ni m'asseoir, ni me lever).
  • On me dit que le col se dilate très lentement.
  • Le bébé ne descend pas (ils n'ont pas arrêté de m'examiner pour voir si « ça avançait », j'en avais marre, ils me disaient rien, ça faisait mal).
  • Le travail traine (la sage-femme m'a dit que « ça descend pas »).
  • Le monitoring commence à montrer des signes de souffrance fœtale (tous leurs trucs ça a fait souffrir mon bébé).
  • Soudain, on lui dit qu'il faut faire une césarienne en urgence parce que le bébé ne va pas bien…
  • Alex se met à pleurer, à crier, à paniquer (j'ai insulté tout le monde. Je leur ai dit qu'ils n'avaient pas fait leur travail, etc.).
  • On l'emmène au bloc et comme elle était très agitée (folle de rage et de peur que mon bébé ne survive pas), on lui injecte « un petit quelque chose qui va vous calmer ».

Et là, elle ne se souvient plus de rien…

Elle se réveille sur un brancard (mal partout et ensuquée), en salle de réveil, son mari est à côté d'elle et il tient dans ses bras leur petite fille en bonne santé.

Alex — Ils m'ont privée de mon accouchement. Je n'ai pas vu mon bébé venir au monde. C'est comme un trou noir… comme si ce n'était pas moi qui avais accouché.

Un silence pour respirer un peu… et je lui suggère de bien se réinstaller dans le fauteuil…

MS — Quand on vous a injecté le petit quelque chose en salle d'op, qu'avez-vous ressenti ?

Alex — Rien ! Comme si je tombais dans le brouillard…

MS — Dans le brouillard, on entend ce qui se passe, on voit des choses… Laissez venir un bruit, une odeur, une couleur… tranquillement.

Alex — Ah oui ! Ils étaient tous en vert.

MS — Mais encore ?

Alex — On m'a fait respirer dans un truc qui sentait bizarre…

MS — Mais encore ?

Alex — Un truc doux qui sentait le caoutchouc et le produit chimique…

MS — Vous avez entendu quelque chose ?

Alex — Les gens parlaient… je ne comprenais pas…

MS — Rien d'autre ?

Alex — Des bruits de papier et métalliques…

MS — Et dans votre corps, dans le ventre, c'était comment ?

Alex — Je n'avais plus mal…

MS — C'est tout ?

Alex — On m'a secouée dans tous les sens…

MS — Et votre ventre… ?

Alex — Ils ont appuyé sur mon ventre, je crois…

Elle met ses mains sur son ventre.

MS — Autre chose ?

Alex — Non…

MS — Vous êtes sûre ? Vous avez entendu quelque chose… ?

Alex — Je sais pas…

MS — À un moment, est-ce que vous avez senti quelque chose de chaud contre votre poitrine, votre joue, votre bouche… (je l'aide un peu)

Alex — … Chaud et mouillé…

MS — Quelle autre sensation ?

Alex — Le cri de mon bébé… son odeur…

MS — Quand c'était chaud et mouillé… quoi d'autre…

Alex — Son front sur ma bouche et mon nez…

Des larmes inondent ses joues…

•  •  •

Nous restons encore un long moment en silence, sans rien dire… Alex pleure doucement…

MS — Quand vous vous êtes réveillée, avez-vous perçu quelque chose du bébé ?

Alex — Oui… je l'ai vue… sa petite tête qui sortait du lange… ses cheveux noirs…

MS — Alors…

Alex — Mon mari l'a posée sur ma poitrine.

MS — C'était un peu comme la sensation en salle d'opération ?

Alex — Ah oui… peut-être… c'était comme ça…

MS — Et quoi d'autre ?

Alex — Une odeur bizarre… du plâtre…

MS — Et encore ?

Alex — Elle faisait des petits bruits avec sa bouche.

MS — Qu'est-ce que vous avez ressenti ?

Alex — Je sais pas… j'étais bien… c'était doux…

MS — Tranquillement, pouvez-vous laisser cette sensation agréable se réinstaller dans votre corps, tout doucement… avec tous ces souvenirs…

Encore un long silence. Alex ne pleure plus. Je l'invite à sortir lentement de sa transe. Je ne souhaite pas débriefer… Elle me dit « merci, c'est comme si je venais d'accoucher, j'ai tout bien vu »

Au cours de cette séance d'hypnose, Alex a vécu de nouveau toutes les sensations, les souvenirs occultés de ce qui se passait pendant la césarienne. Cela a remis dans sa mémoire tout ce qui était lié à la naissance de sa fille. Nous avons amplifié des parcelles de souvenirs, corporels et émotionnels, pour les rendre présents et valorisants. Elle a vraiment donné naissance à sa fille. Les souvenirs plaisants ont refait surface à sa mémoire consciente.

Épilogue

Nous avons fait encore quelques séances : côté trauma obstétrical, c'est réglé. Elle parle de la césarienne comme d'un événement banal et ne fait plus allusion à sa frustration initiale. Elle dit même que si le deuxième est moins gros (rire), il passera par en bas…

Et que l'équipe obstétricale a bien fait son travail mais « ils auraient pu être plus sympas avec elle ».

Nous avons continué à travailler sur les douleurs abdominales qui n'étaient pas dues à la césarienne.

Conclusion

Un train peut en cacher un autre ! Un motif de consultation et deux problèmes réglés : le trauma obstétrical et les douleurs abdominales. Mais seules les séances d'hypnose médicale nous donnent le temps de faire ce travail sur le corps et les pensées des patientes.

Dr Mireille Séjourné

Postface — Revue Hypnose & Thérapies Brèves, N°81

Une lecture du Pr Gérard Ostermann

Le Pr Gérard Ostermann a assuré la lecture de mon article pour la revue. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Gérard Ostermann est médecin, professeur de thérapeutique et de médecine interne, psychothérapeute et praticien de l'hypnose et de l'EMDR. Son parcours est singulier : cardiologue à l'origine, il s'est très tôt intéressé à la relation entre le corps, le psychisme et le soin, puis à la douleur, aux addictions et aux traumatismes. Dès les années 1980, au CHU de Reims, il mène des recherches sur l'hypnose et ses effets sur les hormones du stress. Il se consacrera ensuite à la psychothérapie, participera aux travaux de Boris Cyrulnik sur la résilience et enseignera l'hypnose clinique dans plusieurs formations universitaires. Il est également depuis longtemps l'une des voix de la revue Hypnose & Thérapies Brèves, où il écrit notamment sur la douleur, la relation thérapeutique et les addictions. Recevoir son texte de présentation de mon article a donc été pour moi un moment particulier.

Il est des textes qui ne se contentent pas d'éclairer, ils réparent. Celui de Mireille Séjourné appartient à cette rare catégorie. Sous le titre apparemment clinique « De la relation médecin-patiente en gynécologie-obstétrique et son corollaire, le trauma obstétrical » se déploie en réalité une méditation profonde sur ce moment fondateur qu'est la naissance. Non pas seulement l'événement biologique, mais l'expérience humaine, totale, irréductible, où se joue quelque chose d'essentiel : la manière d'advenir au monde. Car donner la vie ne se résume pas à ce qui est donné. Tout se joue dans la manière de donner.

Le chaos émotionnel, ou la blessure invisible

D'emblée, Mireille Séjourné ose ce que peu de discours médicaux autorisent encore : regarder en face l'ombre portée de la médecine moderne. Certes, elle sauve, elle répare, elle maîtrise. Mais parfois, dans ce geste même, elle déborde. Les mots des patientes résonnent alors comme des cris bruts, sans filtre : « massacrées », « dépecées », « violées ». Ils dérangent. Ils choquent. Et pourtant, ils disent. Ils disent qu'un acte techniquement parfait peut être subjectivement effondrant. Ils disent qu'entre le geste et son vécu s'ouvre parfois un gouffre. Ce que l'autrice met au jour avec une justesse remarquable, c'est cette forme de dépossession intime : une femme peut sortir d'un accouchement « normal », et pourtant ne plus se reconnaître dans son propre récit. Comme si quelqu'un d'autre avait vécu à sa place. Un accouchement peut alors devenir une absence à soi.

L'hypnose : une quête des « petits riens » salvateurs

Et c'est ici que le texte s'ouvre, comme une fenêtre. Mireille Séjourné ne cherche pas à effacer l'événement, mais à lever le « voile obscur » qui occulte la joie de la rencontre. Sa démarche repose sur une intuition poignante : même dans le chaos d'une césarienne en urgence, il subsiste des « parcelles de sensations agréables » enfouies dans la mémoire sensorielle. L'hypnose n'y est pas présentée comme un outil spectaculaire, ni comme une technique de plus. Elle est une manière de revenir. Revenir vers ce qui, dans l'expérience, n'a pas été perdu, seulement recouvert. Car même dans l'urgence, même dans la violence d'une césarienne, quelque chose persiste. Des fragments. Des éclats. Des presque rien : une chaleur, une odeur, un contact. L'intuition est bouleversante : il existe, au cœur même du trauma, des îlots de douceur. Le travail thérapeutique consiste alors non pas à effacer, mais à retrouver. À soulever le voile.

Alexandra, ou la reconquête du récit

Le cas d'Alexandra, véritable cœur battant du texte, illustre ce processus avec une finesse remarquable. Au départ, tout est fermé : colère, rupture, rejet. Puis, progressivement, à travers une exploration sensorielle minutieuse, ce VAKOG discret mais décisif, quelque chose se remet en mouvement. Le corps se souvient. Le « chaud et mouillé » du nouveau-né. Son odeur. Le tremblement de son premier cri. Et soudain, l'histoire se déplace. Elle n'est plus seulement celle d'un traumatisme, mais celle d'une rencontre retrouvée. Ce n'est pas le passé qui change. C'est la place que l'on peut y reprendre.

Une écriture de la délicatesse

La plume de Mireille Séjourné épouse ce mouvement thérapeutique. Elle ne force rien, n'impose rien. Elle accompagne. Il y a, dans son écriture, quelque chose de profondément éthique : une manière de respecter les silences, de laisser advenir ce qui peut l'être. Lorsqu'elle convoque Corneille, ce n'est pas pour orner, mais pour rappeler une vérité essentielle : la forme n'est jamais secondaire. Dire autrement, c'est déjà soigner autrement. Et peut-être faut-il souligner ceci : en reconnaissant ses propres limites passées, l'autrice accomplit un geste rare. Elle transforme l'erreur en savoir, et le savoir en soin.

Recoudre le temps

La conclusion du texte résonne comme une promesse discrète. Derrière certaines douleurs parfois somatiques, parfois diffuses, il y a des récits interrompus, des expériences inachevées, des fragments restés sans langage. L'hypnose devient alors une langue seconde. Une langue pour dire ce qui n'a pas pu se dire. Et dans ce travail patient, presque artisanal, quelque chose se répare : non pas en effaçant les déchirures, mais en en recousant les bords avec douceur.

Pour une médecine qui se souvient de l'humain

Ce texte est plus qu'une contribution scientifique. C'est un appel ! Un appel à repenser la réussite médicale autrement : non pas seulement en termes de survie, de scores, de protocoles, mais en termes d'expérience vécue. Qu'une femme puisse dire, non pas seulement « tout s'est bien passé », mais « j'ai été là » ; « j'ai donné naissance ». Il y a là une révolution silencieuse. Et peut-être est-ce cela, au fond, la véritable médecine : celle qui ne se contente pas de faire naître des corps, mais qui aide les sujets à naître à leur propre histoire.

Ce texte est indispensable. Il devrait être lu par tout soignant en devenir, car il rappelle que la réussite d'un accouchement ne se mesure pas seulement au score d'Apgar, mais à la capacité d'une femme à se dire : « j'ai vraiment donné naissance ». Mireille Séjourné nous offre ici une leçon magistrale de résilience et d'accompagnement, prouvant que même lorsque la mémoire est « trouée », l'humanité du soin peut en recoudre les bords avec une infinie tendresse. Un récit puissant, fluide et profondément inspirant qui redonne ses lettres de noblesse à la relation médecin-patiente.

Pr Gérard Ostermann