Donner un sens à sa vie. Partie III

Illustration : Le Jeune Cicéron à la lecture, Vincenzo Foppa, 1464.

« L’histoire a pour égouts des temps comme les nôtres. »

« Un affreux soleil noir où rayonne la nuit »

 Victor Hugo, Les châtiments, 1853.

L’avenir, aujourd’hui, demain, peut-être ?

Comment voulons-nous vivre ? Ça dépend de nous. 

Continuer comme ça, ce constat que j’ai fait dans la deuxième partie de l’article ? Ne rien changer ? 

Qu’est-ce que l’on peut/veut changer ? Parce qu’il faut changer quel que chose. Ou alors, ne sommes nous pas tous déjà morts dans ce vide existentiel dont parle Victor Frankl ?

Comment voulons-nous vivre ? 

Car il n’est pas question de survivre, c’est vivre que nous voulons. Edgar Morin, sociologue et philosophe écrit dans Leçons d’un siècle de vie, publié en 2021, au chapitre « Savoir vivre » : « La survie est nécessaire à la vie, mais une vie réduite à la survie n’est plus la vie. »

Tragédie en trois actes : la mort, la survie, la vie.

MORT

À l’aube de l’humanité.

Depuis que l’être humain a suffisamment développé son intelligence pour être plus qu’un chasseur-cueilleur plutôt faiblard dans le règne animal, il a développé son instinct agressif vis-à-vis de ses semblables. 

Il aurait pu perfectionner ses outils de chasse et de culture afin de prospérer et d’en faire profiter l’ensemble des individus alentour… Et bien non. Ses armes de chasse indispensables pour se nourrir et pour ne pas être lui-même dévoré par de grands fauves ont été retournées contre les individus des autres tribus, contre d’autres humains. 

Victoire sur les animaux chassés ce qui a bénéficié au développement de sa tribu mais lui a aussi permis de tuer d’autres humains, peut-être pour les manger eux aussi et pour… 

Pour faire quoi d’autre ? 

Pour leur dérober le feu ? Étendre son pouvoir sur les femelles et les autres membres des groupes conquis ? Agrandir la superficie de son territoire ?

Ce doit être ça aussi, le territoire.

Exactement comme font les mâles dominants des hordes de loups et les ours qu’il veut, de nos jours, des centaines de milliers d’années plus tard, exterminer parce que, soit disant, les loups et les ours viennent chasser ses moutons sur « ses terres ». Il s’agit, en fait d’un territoire qu’il a volé aux ours et aux loups mais il ne s’en souvient même plus..

Cette modeste remarque anthropologique permet de constater que l’aptitude de l’être humain a développer des outils pour tuer, pas seulement pour se défendre, date de son origine paléolithique la plus ancienne.

Il n’a fait aucun progrès depuis.

Évolution ?

L’être humain a fait pourtant beaucoup de progrès techniques au cours des millénaires de ce que l’on appelle l’évolution : cultures agricoles, habitat et outils de chasse pour tuer plus de gibier (et plus d’autres humains). 

Il est devenu de plus en plus habile pour fabriquer des tas de choses utiles pour manger, se vêtir, se déplacer, se protéger des dangers, des intempéries. Mais toujours aucun progrès côté agressivité. Ça doit être dans ses gènes…

Car il a ensuite inventé la guerre il y a plus de 6 000 ans et la torture.

Nous sommes les descendants de ces humains-là. Depuis les temps les plus anciens de notre histoire humaine et même de notre pré-histoire, nous trimballons cet atavisme agressif et guerrier.

SURVIE

La lumière de l’être humain, sa beauté, sa bonté, sa sagesse, ses talents ne sont pas faits pour rester cachés par ses turpitudes.

En effet, de l’australopithèque à l’homo sapiens en passant par l’homo erectus, il a montré qu’il était infiniment doué pour plein de choses : l’art et ses multiples aptitudes auraient pu changer la destinée de l’humanité et notre condition aujourd’hui si…

Voici donc ci-dessous la description rapide des talents de l’être humain.

L’art.

Les premiers signes de développement d’une activité artistique datent d’il y a plus de 35 000 ans : peintures rupestres et sculptures primitives, gravure sur pierre, os, métal témoignent d’une vie spirituelle riche. Des lignes, des points,  des empreintes de mains, des formes géométriques s’organisent en représentations de scènes de chasse, décoration de poteries et d’armes. 

L’art se développe de façon linéaire ou par à-coups au fil du développement des performances manuelles et intellectuelles des humains.

Les plus anciens instruments de musique datent d’il y a 35 000 ans. Des flûtes d’os et d’ivoire, de gros coquillages marins sont autant d’ancêtres des instruments de musique que nous connaissons actuellement.

L’être humain passe de petits cailloux percés à Mozart et Vivaldi car il est capable de créer de la beauté tout en traduisant ses émotions, ses sentiments. 

Avec la peinture et la musique, il devient capable de sublimer son intelligence.

L’écriture.

Voilà la merveille qui débute il y a plus de 32 siècles, c’est à dire très récemment, vu l’âge de l’humanité : l’écriture, preuve que les humains avaient envie de communiquer, d’échanger des informations, des idées…

Ces dates sont données de manière approximative, juste pour donner une idée de l’évolution : l’écriture cunéiforme (-3400), les hiéroglyphes égyptiens (-3200 ans), l’alphabet phénicien (-1500), l’alphabet grec qui apportera les voyelles (-700), l’alphabet étrusque participera également à la formation de l’alphabet latin.

L’écriture arabe apparait (-1500 ans) et donne naissance, bien plus tard à la calligraphie.

L’écriture chinoise apparait quatorze siècle avant notre ère.

Gravée sur la pierre et le métal, la terre cuite, le bois, puis écrite sur les papyrus, le parchemin, le papier, l’écriture s’envole…

L’humain inventera bientôt l’imprimerie, moyen encore plus efficace de communiquer et de diffuser ses idées. 

L’écriture sera le support du développement de la littérature et de la poésie.

Les mathématiques.

Il y a environ 20 000 ans, les humains sur plusieurs continents ont inventé le calcul et les mathématiques pour compter et mesurer et pour bâtir. 

Outil de développement de la physique, de l’astronomie et de l’exploration de l’univers. 

Base de toutes les sciences, outil indispensable pour la navigation sur la terre et sur les mers et pour comprendre le cosmos.

Algèbre, géométrie, chimie, architecture, les mathématiques sont le support de tous les calculs, de l’évolution de toutes les technologies.

La technologie.

Les humains devenaient de plus en plus techniquement évolués. On dit que leur cerveau s’est développé et structuré de façon qu’ils deviennent de plus en plus intelligents ce qui a contribué à leur survie et à leur développement intellectuel, en progrès constant depuis l’âge de la pierre taillée il y a 3 millions d’années.

Et de nos jours, ils ont même inventé grâce à leur intelligence, quelque chose d’encore plus intelligent qu’eux qu’ils l’ont appelé Intelligence Artificielle. 

Sans parler de la physique quantique…

En matière de technologie, impossible de faire la liste exhaustive des inventions des humains. Leur imagination est sans limite. Ils peuvent même développer des choses extrêmement dangereuses comme une bombe atomique…

Décortiquer l’atome, ça partait, au début, d’un bon sentiment, celui de trouver un nouveau moyen de soigner certaines maladies. 

Marie Curie a obtenu, au début du vingtième siècle, le prix Nobel de chimie puis de physique pour ses travaux sur le radium et le polonium qui seront utilisés plus tard dans le traitement de certains cancers. 

Hélas, trois décennies plus tard, deux bombes basées sur la fission de l’atome d’uranium et de plutonium provoquaient deux des plus grands désastres guerriers de l’humanité.

Le problème de notre temps n’est pas la bombe atomique mais le cœur des hommes.

6 août 1945, Hiroshima. Deux jours plus tard, le 8 août, Camus consacre son éditorial de Combat à l’événement. Dès les premières lignes, il écrit explicitement « au sujet de la bombe atomique » et dénonce l’enthousiasme avec lequel la presse accueille cette prouesse scientifique.

Albert Einstein, à son tour, exprime cette idée dans son interview à Michael Amrine, publiée dans le New York Times Magazine le 23 juin 1946, sous le titre très révélateur : “The Real Problem Is in the Hearts of Men”.

Marcel Pagnol écrit de l’autre coté de l’Atlantique, quelques années plus tard :  « Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre et ça finit par la bombe atomique. » (Critique des critiques, 1949).

Avec Camus, je pense que « la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. » (Combat, le 8 août 1945).

La philosophie.

Septième siècle avant notre ère, les premiers philosophes, Thales, Pythagore puis Héraclite d’Éphèse…

On a envie de dire : enfin un peu de sagesse ! Impossible de dire combien il existe ou ont existé de philosophes. 

On les lit beaucoup, certes mais qui les écoute ? D’ailleurs, à quoi sert la philosophie ? À quoi sert d’aimer la sagesse ? À penser par soi-même et agir avec sagesse ?  Vraiment ?

Ça fait 2700 ans que les philosophes nous invitent à réfléchir, nous donnent des conseils pour nous éclairer, douter de nos certitudes, remettre en cause les dogmes et les idéologies abrutissantes. Chacun a son point de vue avec des arguments clairs que l’on peut justement remettre en cause et discuter, en débattre (sans se battre) et enfin trouver un peu de cette sagesse, un peu de notre lumière et de lumière universelle. 

Un très grand nombre de philosophes ont écrit un très grand nombre de livres. Un très grand nombres philosophes et d’auteurs non philosophes ont écrit un très grand nombre de livres sur la philosophie et sur les philosophes et leurs idées.

Et ça, depuis des siècles, dans tous les pays sur tous les continents. Ça en fait des tomes et des tomes de sagesse ! 

Qu’en a appris l’humain ? Qu’a-t-il retenu ? En a-t-il vraiment tenu compte ? Comment a-t-il utilisé cette sagesse ?

N’y avait-il pas de sagesse dans ces philosophies ? Pas de spiritualité ?

« C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » écrit Hannah Arendt dans La vie de l’esprit publié en 1978.

La médecine.

L’humain a aussi développé avec la médecine le moyen de soigner les maladies et les blessures, de prolonger la vie et soulager les douleurs.

Des crânes datant de la préhistoire au néolithique montrent des signes de trépanation, un trou fait dans la boite crânienne et des fractures cicatrisées ce qui pose également la question de l’intention de soigner ou bien d’une démarche d’accompagnement spirituel, ce qui est encore plus beau.

Des plantes médicinales ont été retrouvées dans des dents datant de l’époque de Néandertal.

La médecine traditionnelle chinoise s’est développée il y a 5000 ans.

Des tablettes en écriture cunéiformes datant de 4 000 ans ont révélé des recettes de « médicaments ».

Sur des papyrus datant de 1 600 années, on a trouvé près de 700 formules de remèdes.

Hippocrate de Kos, médecin et philosophe vivant 400 ans avant J. C. est surement le père de la médecine moderne. Il est l’auteur du serment d’Hippocrate que chaque nouveau docteur en médecine doit lire le jour de sa soutenance de thèse. Il est peut-être aussi l’auteur de la célèbre phrase « primum non nocere », d’abord ne pas nuire…

Dans le site de Kom Ombo, édifié 200 ans avant notre ère en Égypte, on peut voir des sculptures représentant des instruments de chirurgie et des forceps, assez proches de ceux utilisés actuellement en obstétrique…

Bon, il serait trop long de retracer toute l’histoire de la médecine jusqu’à aujourd’hui à l’heure de la chirurgie cardiaque et des neurosciences.

Pourquoi l’être humain tellement doué dans tant de domaines est-il tombé si bas, si vite ? Et avec une telle accélération au vingtième et début du vingt-et-unième siècle ?

Qu’avons-nous raté ? 

« J’ai appris que la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie » écrit André Malraux dans La condition humaine en 1933.

Comment s’en sortir ?

« La fin de l’espoir est le commencement de la mort. »

Général Charles de Gaulle, cité par André Malraux, Les chênes qu’on abat en 1971.

« Je me révolte donc je suis. »

Albert Camus, L’été 1954.

La solution, travailler sur nos performances personnelles et communes pour donner un sens à la vie…