Le plus grand mal de l’ Homme est qu’ils ne veut pas voir la part d’ombre qui est en lui.
K.G. Jung.
Suite de la Partie I publiée le 27 avril dernier.
La libération des camps a débuté en janvier 1945. Les prisonniers sont secourus, soignés, accueillis.
Ils ont retrouvé leur pays, parfois une partie de leur famille, un être cher, un ami. Laissons-les se reposer et panser leurs blessures.
Certains d’entre eux auront survécu grâce, peut-être, à Victor Frankl.
La guerre et les armes se sont tues et la Paix s’est installée.
Frankl a développé sa méthode de logothérapie, la thérapie de donner un sens à sa vie qui est devenue la troisième forme de psychothérapie, après celle de Freud et celle de Jung.
1945-2026.
Les peuples qui avaient tant souffert ont cru à une paix durable. Plus jamais ça disait-on depuis avril 1945.
Et pourtant, nous avons eu la guerre froide, des guerres civiles, des guerres d’invasion, de décolonisation et de multiples conflits armés avec leur lot de dégâts collatéraux, de guerre asymétrique, de par le monde qui ont fait oublier aux Hommes qu’ils avaient rêvé de vivre en paix après les horreurs de la deuxième guerre mondiale.
Chaque continent a été touché, presque tous les pays.
Mort.
La mort fait partie de la vie; on parle de mort naturelle.
La mort du fait d’une maladie grave ou d’un accident traumatique important recule cependant grâce aux progrès de la médecine, de la chirurgie, de l’anesthésie, de nouveaux médicaments.
L’équipement médical technique s’améliore.
Nous avons donc plus de chances qu’autrefois de vivre longtemps en bonne santé et de mourir âgés.
Suicide.
Pourtant, on se suicide de plus en plus dans les pays occidentaux.
Même et surtout parmi les personnes âgées.
Personne n’est épargné par la vague de mort auto-infligée. Le nombre de suicides des enfants et des adolescents a augmenté dangereusement ces dernières années.
En France, environ 9000 suicides réussis par an, soit 25 personnes par jour, tous âges confondus, tandis qu’une personne chaque heure fait une tentative de suicide et qu’une personne sur vingt déclare avoir des idées suicidaires.
Le suicide est la première cause de mortalité maternelle post-partum (c’est à dire dans la première année de vie de l’enfant). Le suicide maternel, déjà extrêmement traumatique pour l’enfant, augmente le risque de décès des enfants de ces femmes dans les premières années de leur existence.
Dans le monde, un million de personnes se donne la mort chaque année. C’est, d’après l’OMS, la troisième cause de mortalité dans le monde après le cancer et les maladies cardiovasculaires.
Bientôt, le suicide sera assisté.
Homicide.
On meurt d’homicide : 1268 homicides en 2025 en France. Le nombre d’homicides en France a augmenté de 50% depuis 2012.
On meurt de féminicide : 164 en 2025.
Et d’infanticide : 1 décès tous les 5 jours, affirmait un des ministres de la Justice français en 2023.
Le monde actuel fabrique la violence qui fabrique la mort. Il multiplie les guerres, les conflits, les attentats, les assassinats, les terrorismes.
La mort est de partout et avec elle les activités mortifères humaines : traffic d’êtres humains, traffic d’armes et de drogues, prostitution forcée, cyber-harcèlement, viols, agressions sexuelles, pédocriminalité, exposition des enfants à la pornographie, torture en ligne, corruptions en tout genre…
Qu’est-ce que j’ai oublié de mentionner ?
Survie.
« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille », Charles Baudelaire, Les fleurs du mal.
Nous avons tous nos soucis, de famille, de travail, de santé pour lesquels nous faisons ce que nous pouvons, aidés de ceux qui peuvent nous aider, amis, médecins, thérapeutes…
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Soit.
Stress.
Mais quand il faut en plus subir les horreurs décrites ci-dessus, la mort non naturelle omniprésente, ça peut très vite devenir insupportable, insurmontable…
Alors, de plus en plus de gens souffrent ; ils ne sont plus dans la vie mais dans la survie.
Quand la souffrance est partout, vécue, observée, étalée, ressentie, le cerveau disjoncte et ne trouve plus les moyens de s’adapter. C’est le stress permanent.
De plus en plus de gens sont sous traitement anxiolytique et calmant en tous genres grâce au large choix de molécules disponibles.
Puis un jour, trop, c’est trop. On lâche. On a tenté de tenir le coup mais on n’y arrive plus. La résistance cède la place à la déprime puis la déprime à la dépression.
Dépression.
En France, 10% de la population souffre de dépression : c’est la première cause d’arrêt de travail pour maladie.
La dépression risque de conduire au suicide, mais pas que.
Conduire aussi à des addictions : médicaments, tabac, alcool, drogues.
Pendant que l’état de santé physique et moral de la population mondiale ne fait que dégringoler, il y a un secteur qui va très bien, qui est florissant, qui a le vent en poupe, qui ne fait que croitre et embellir : c’est le commerce de la drogue. Enfin des drogues car il en arrive régulièrement de nouvelles sur le marché. L’offre et la demande croissent ensemble.
Drogues.
Un exemple très simple, celui de la cocaïne. D’après les services spécialisés, elle est de plus en plus abondante, de plus en plus utilisée, de plus en plus pure, donc de plus en plus dangereuse et addictive et de moins en moins couteuse. Certains disent qu’elle s’est « démocratisée ».
Les drogues sont dangereuses pour la santé physique des utilisateurs, elles ne résolvent pas leurs problèmes psychologiques ni psycho-affectifs mais en produisent de nouveaux…
Les paradis artificiels de Baudelaire, cité ci-dessus, sont devenus des enfers bien réels.
Les drogues se sont imposées également comme « récréatives »; elles ont envahi la sexualité avec le « chem-sexe » ou comme arme de soumission sexuelle, le viol sous anesthésie en quelque sorte.
Le monde actuel aurait-il fait croire que l’on ne sait plus ni vivre ni séduire ni aimer ni s’amuser sans drogue ?
Le marché de la drogue propose régulièrement de nouveaux produits afin d’élargir sa clientèle. Les drogues ne créent pas du lien; chaque utilisateur reste figé dans sa souffrance.
Les médicaments.
Ne résolvent pas non plus les problèmes. Tout au plus, ils améliorent le quotidien des patients. Ils sont même parfois eux aussi addictifs. Utiles, bien sûr, mais pas suffisants.
Réseaux sociaux.
Les humains sont de plus en plus isolés dans leur détresse malgré les réseaux dits sociaux qui ont bien raté le rôle qu’ils auraient pu avoir de relier les êtres humains entre-eux.
Au lieu de ça, les RS diffusent des informations virales qui infectent les cerveaux des gens bien plus dangereusement que la méningite, cerveaux qui sont déjà complètement submergés d’images et de vidéos saupoudrées d’IA bloquant toute pensée, toute réflexion.
Le cerveau humain s’en trouve saturé, empêtré, englué, paralysé, obnubilé.
Mais pas plus heureux.
La souffrance, c’est la survie, ce n’est pas la vraie vie.
Vie.
Une petite remarque avant de parler de la vie : il y a quelques jours, j’ai regardé de nouveau le film « La liste Schindler ». Et bien cet homme, un industriel allemand qui avait gagné beaucoup d’argent en fabriquant des casseroles, a été capable de « racheter » plusieurs centaines de prisonniers destinés à une mort certaine, afin de leur assurer la liberté et la vie.
L’usine de M. Schindler n’était qu’une petite industrie. Alors, on peut extrapoler ce que l’on pourrait faire de nos jours avec l’argent dépensé pour les armes de guerre si on le mettait au service de la paix.
Nous en reparlerons dans la troisième partie de cet exposé.
Un sens à sa vie.
Pour redonner l’envie de vivre, j’en appelle à Victor Frankl et à la logothérapie. Notre situation actuelle n’est pas pire que celle qu’il a vécu avec les autres prisonniers des camps de concentration. Loin de là, sauf que maintenant, il y a en nombre, beaucoup plus de personnes concernées. La terre entière.
La souffrance est partout et depuis longtemps.
Si j’observe le monde actuel, en médecin, nous sommes encore dans un état de vide existentiel, trop dirigés que nous sommes par l’instantané douloureux, par des préoccupations matérielles auxquelles nous avons été régulièrement entrainés depuis des années. Frankl parlait, dans les années 80, de frustration existentielle.
C’est exactement ce qui se passe en 2026 car il nous manque l’envie de voir notre vie en plus grand.
Vide existentiel.
Dépression, violence et addictions sont les conséquences de notre souffrance, pas la cause. Alors, ok, que fait-on ? Soit on ne change rien et on continue à souffrir comme ça, soit on décide d’aller mieux. Si nous avons oublié le sens de notre vie, c’est aussi, peut-être, que nous avons oublié nos vraies valeurs. Et ce mot valeur, utilisé à tors et à travers, a lui-même perdu de sa… valeur. Il faudra lui redonner des couleurs, de l’épaisseur, de la profondeur. Un truc bien à soi, dont on a ressenti quelque chose de léger et que l’on a étoffé, enrichi.
Alors, comment fait-on ? Je lis sous la plume de V. Frankl « …l’être humain cherche avant tout à donner un sens à sa vie plutôt qu’à satisfaire uniquement ses besoins et ses instincts ou à s’adapter à la société et à son environnement ».
Retrouver un sens, c’est un projet possible. Ça aussi, il faut l’identifier et ne plus le lâcher. Développer la créativité de notre mental. Se remettre à penser de façon personnelle, individuelle. « Je pense ça et je suis capable de le développer, de l’argumenter, d’en discuter ».
Lumière.
S’il existe des zones d’ombres, travailler sur la lumière qui est en nous et autour de nous, c’est à dire, retrouver la lucidité (faculté de voir et de comprendre les choses avec justesse, sans illusion, du latin licitas, éclaté).
J’ai déjà fait plusieurs publications à ce sujet sur mes réseaux.
Développer le discernement, la réflexion, vérifier tout. Contester tout, pas juste pour être contre, mais pour être sûr de ce que l’on pense et savoir le défendre. Pour réapprendre à apprendre et à penser.
Remettre en cause les idées reçues, ne pas se laisser manipuler ni influencer. Ne rien dire que nous n’ayons longuement réfléchi, travaillé, muri et construit avant avec patience et persévérence.
On reprend notre vie en main en commençant par la pensée. On retire de notre mode de vie toutes les idéologies et tous les dogmes.
Tout le monde sait que l’exercice physique est bon pour la santé. À partir d’aujourd’hui, nous faisons pareil avec la réflexion : on la muscle.
Trop dur, trop compliqué ?
« Je pense, donc, je suis. », René Descartes, Discours de la méthode,-1637.
Alors, en plus de penser à Victor Frankl et de le remercier, pensons à Milton Erickson et à François Roustang et utilisons l’hypnose pour nous remettre en mouvement vers la vie comme nous la voulons.
Nous y reviendrons dans un prochain article.


